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  • : Le blog de cimo
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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 12:08
Un hall d’ immeuble dit bourgeois .Un homme de haute taille , corpulent , peste en italien en réparant la porte de sa boîte aux lettres . Je me présente , nouvel arrivant 
-Qu’est-il arrivé ?
-Une fois de plus, me répond-il en excellent français ,on l’a forcée . Mais cette fois le courrier a disparu .Une enveloppe contenant quelques timbres de collection sans valeur marchande .J’ y tenais malgré tout car ils appartenaient à mon père .C’est une affaire troublante .
Il est vrai qu’une observation attentive de l’ ensemble des boîtes faisait apparaître une grande fragilité sans rapport avec leur aspect cossu . Hormis quelques-unes, renforcées de fraîche date, la plupart étaient de guingois , certaines carrément enfoncées .
Pendant que nous conversions aimablement histoire de faire connaissance j’ avais l’ impression que des portes palières s’ouvraient , discrètement .La même discrétion pensais-je que celle qui a salué notre emménagement .Sans doute par timidité également avait-on laissé au soleil le soin de nous accueillir chaleureusement . Il faut dire que c’était la première fois que nous habitions un immeuble occupé en majorité par des propriétaires bourgeois .Bourgeois ? Voire…
L’ assemblée générale des copropriétaires à laquelle j’ avais pu assister le lendemain de mon arrivée ne m’avait pas vraiment laissé l’impression d’une assemblée de gens de bonne compagnie .Je m’étais alors souvenu de ce que m’avait dit un vieil ami : « dans ce genre d’activité la plupart des gens montrent ce qu’ils ont de plus mauvais :muflerie, pingrerie ,mépris de l’autre ,individualisme forcené y compris contre leur propre intérêt et y compris pour les plus pingres ; stupidité ambiante et agressivité … » . A l’époque, n’ayant aucune expérience en la matière , je l’avais traité de vieux ronchon désabusé ,un tantinet misanthrope .
Je me voyais aujourd’hui contraint de lui rendre justice . La réunion avait rapidement dégénérée, des noms d’oiseaux volants bas ,une agressivité et un refus désespérant d’écouter les avis contraires . Encore ne s’agissait-il que d’un problème mineur concernant la sécurisation d’une porte de service ,besoin évident qui coûterait trois francs six sous comme l’aurait expliqué ma grand’mère .
J’avais pu alors observer chez certains l’angoisse de décider ,la peur des conséquences que, par manque d’imagination ,on ne maîtrisait pas . A quelques signes je soupçonnais un vieux bonhomme de se réjouir de la situation espérant bien que l’ on ne ferait rien pour valoriser le bien commun afin de pouvoir rafler au meilleur prix une chambre de bonne par- ci ,une ancienne loge de concierge par-là , une cave !
Si en plus on volait le courrier !…
Le lendemain je rencontrai le vieux grigou et ses propos ne démentirent pas mon jugement .Pendant dix bonnes minutes je dus subir un flot de paroles débité avec une telle suffisance que je maudissais ma bonne éducation qui ne me permettait point de lui claquer le bec. Sans doute son grand âge et n’avais-je pas suffisamment médité les paroles du grand Georges « le temps ne fait rien à l’affaire…quand on est c… on est c… » .
J ‘appris donc ainsi que monsieur LORCON ,le bien nommé , était le plus ancien dans ces lieux ,détenait la majorité des voix de la copropriété . D’ ailleurs ceux du sixième qui avaient eu l’outrecuidance d’installer des bacs à fleurs sur leur balcon l’avaient appris à leurs dépens . Le vent poussait d’insolentes pétales sur son balcon, un balcon en marbre ! Et le marbre ça se tâche oui, monsieur ! Ils ont reçu une lettre recommandée avec accusé de réception ,non mais !
Je renonçais à lui demander si c’était l’aquilon ou  « le vent  fripon »  qui dévoyait les fleurs. Il poursuivait : sa fille mariée à un moins que rien mais de grande famille ,sa petite fille mariée elle aussi avec un garçon de famille ordinaire ; mais ça ne tiendra pas je vous le dis moi , monsieur . Le voisin du dessous ,un escroc , celui du dessus un paysan et ces gens du septième qui laissent leurs deux enfants faire la cavalcade dans les escaliers ? Ils se croient dans un HLM ?
J ‘avais eu l’ occasion de croiser les enfants en question et je ne résistais plus à l’ envie de le stopper , quitte à perdre un peu de temps, de la manière la plus stupide qui soit je l’avoue .
-Ils se conduisent pourtant en garçons bien polis .Ils se manifestent un peu plus bruyamment que de vieilles personnes comme nous ,c’est vrai ,mais je trouve ça plutôt rafraîchissant non ?
Et comme je n’avais aucune envie de m’en faire une bonne relation j’assénais : - ce sont de gentils   rayons de soleil qui éclairent la grisaille d’un immeuble où la peinture fraîche n’a pas trouvé son chemin malgré une recherche manifestement très longue !
Farfouillant à la recherche d’un improbable courrier il stoppa net sa logorrhée . Son regard fuyant et furibard était éloquent . Je venais de me faire un ami .
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Le monsieur qui réparait avec tant d’ardeur sa boîte à missives , Luigi CARPANINI , était un des rares à s’être conduit correctement lors de la réunion des propriétaires . Il avait beaucoup voyagé pour ses affaires et voyageait encore pour son plaisir sur tous les continents . Ouvert ,cultivé , nous eûmes très vite des discussions passionnantes sur le plan géopolitique ,l’avenir de l’Europe ,bref nous retrouvions la passion de nos jeunes années à refaire le monde et à mettre à contribution un cerveau que d’aucuns mettent au repos pour cause de retraite . Il était le paysan de LORCON…
Arrivée quelques mois avant nous madame EBERT ,petite dame seule et bien élevée, y compris en réunion , m’avoua souffrir de voir les portes et les visages se fermer dès qu’elle avait la mauvaise idée d’ avancer la plus timide des suggestions pour améliorer notre patrimoine commun.
J’avais observé avec amusement le comportement d’une autre solitaire , madame PROFATIG, aux faux airs de vieille fille , mais vraie faux- jeton . Elle était du genre pas-le-courage-de-ses-opinions ,volant témérairement au devant de la victoire . Lorsqu’elle avait à se prononcer elle annonçait de l’air le plus candide : «  Je suis encore indécise ,continuez le vote ,le temps que je réfléchisse »  . Immanquablement elle donnait alors sa voix à la majorité .
Quelques temps après je la questionnais au sujet de ces curieux vols et détériorations concernant le courrier .
Elle me gratifia d’un discours plus confus et hermétique que mille sourires de la Joconde . Je crus comprendre malgré tout que seuls les italiens et deux locataires étaient en cause et que, comme l’affirmait monsieur LORCON, il y avait quelques exagérations .Le ton sur lequel elle prononçait locataire ne laissait aucun doute sur son mépris à leur égard . Pauvre grand’ mère pensais-je tu n’as jamais pu être propriétaire et cette femme qui ne vaut rien t’aurait regardé de haut toi qui a donné au pays ton mari et deux de tes enfants pour des guerres imbéciles . Il existe comme cela autour de nous des gens qui ne se doutent même pas de leur odieuse petite non-existence .
Un autre cas m’intéressait ,celui de l’homme qui avait eu une attitude agressive et un langage de corps de garde à l’ égard des rares personnes qui avaient eu l’impertinence de présenter un projet de travaux . Déjà son patronyme pour lequel , il faut bien l’ admettre , il n’était pour rien ,n’évoquait pas la délicatesse : GROSTAERA .
Il ne pouvait par contre renier ni sa grossièreté ni sa goujaterie . Habituellement je ne me permet aucune moquerie facile sur les noms quelquefois curieux dont peuvent être affublés mes congénères mais il est des situations où ils correspondent tellement au caractère du porteur que je ne boude pas mon plaisir .
A la surprise générale il se lança ensuite dans un long monologue évoquant tour à tour le manque de considération à l'égard de ses justes positions  et l’absence de vigilance des autres membres de la communauté; par exemple personne à part lui n’avait remarqué l’égratignure sur le montant de la cage d’ascenseur ,dans le coin droit , en haut !
Il convient de préciser que ladite cage est en bois , plus verni depuis aussi longtemps probablement que lui et LORCON habitaient là .
Mon voisin de droite ,ancien dirigeant de société , semblait atterré à la fois par la grossièreté et l’incohérence du propos . Comme moi il en était à sa première assemblée et s’était placé en position d’observateur d’autant que l’ordre du jour ne présentait en soi aucune difficulté propre à déchaîner les passions .
-Si nous n’étions embarqués dans la galère, me lâcha-t-il, j’en rirais volontiers .
Homme d’action , habitué lui aussi à des réunions professionnelles dures , quelquefois houleuses mais visant généralement à déboucher sur une décision servant une prospective , un but précis ,une logique d’entreprise , il ne pouvait admettre de perdre son temps à faire semblant d’être important .
-Je vais m’occuper de ma collection de timbres . A bientôt dans un lieu moins habité de petitesse ,souffla-t-il .
Il sortit sans un mot ,laissant les autres participants médusés .  
Décidément me dis-je ,beaucoup de monde s’intéresse aux timbres .
Je ne me doutais pas que mon  « beaucoup de monde » correspondait autant à la réalité . 
 
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